Coup d’oeil sur les tarifs douaniers

Coup d’oeil sur les tarifs douaniers
Estimations de la part canadienne et mexicaine basées sur les chiffres de production et de vente de Wards Auto et AMIA. (Photo : Scotiabank Economics, Wards Auto, AMIA. *Jaguar Land Rover, Mitsubishi, Volvo et Porsche)

Les États-Unis parlent de tarifs douaniers, mais nous ne croyons pas qu’ils vont s’appliquer.

Les ventes canadiennes d’automobiles ont chuté pour un quatrième mois en juin, et nous nous attendons à ce qu’elles diminuent encore un peu. Malgré cela, nous visons toujours des ventes de deux millions de véhicules, soit un peu moins que les 2,04 millions livrés en 2017, ce qui constituera toujours la deuxième meilleure année de tous les temps. La croissance continue dans le luxe, en hausse de 5,2 % par rapport au premier semestre de 2018.

Les ventes mondiales d’automobiles ont augmenté de 4,6 % en mai, ce qui a porté le taux de croissance à 3,4 % par rapport à la même période en 2017. Celles-ci proviennent principalement de gains importants dans les économies en développement, mais aussi de certaines économies avancées, dont le Canada et les États-Unis, qui ont atteint des plateaux.

Des niveaux tout de même presque records

Les deux pays demeurent quand même très près de leur niveau record. En juin, le Canada a connu une baisse de 1,7 % en glissement annuel, tandis que les États-Unis ont connu une expansion de 4,7 %, mais des volumes de ventes légèrement inférieurs sur six mois par rapport à 2017. Nous nous attendons à ce que les États-Unis terminent l’année avec 17 millions d’unités, en baisse par rapport au record de 17,5 millions d’unités établi en 2016. La hausse des taux d’intérêt et la hausse des prix de l’essence seront responsables de la réduction des dépenses discrétionnaires pour le reste de 2018 et pour 2019.

Dans le centre du Canada, une légère augmentation a été annulée par des baisses dans l’Ouest et dans les provinces de l’Atlantique. Au cours des cinq premiers mois de 2018, les ventes ont chuté de 7,7 % par année dans les provinces de l’Atlantique. Les achats dans l’Ouest canadien sont en baisse de 1,1 % par année après quatre mois consécutifs de baisse d’une année sur l’autre, alors que les volumes de ventes « reculent » par rapport à la forte hausse lorsque les acheteurs ont remplacé les véhicules détruits par les incendies de forêt.

Outre le Canada et les États-Unis, le Mexique a connu une baisse des ventes dans l’incertitude politique qui a précédé l’élection présidentielle et, en mai, les ventes ont chuté de 8,8 % en glissement annuel. Elles devraient rebondir au second semestre, ce qui se traduirait par une baisse annuelle d’environ 2 % sur l’ensemble de l’année 2018.

Une chute, puis une remontée

L’incertitude politique est également liée à la baisse de 6,8 % au Royaume-Uni, car la décision imminente sur le Brexit freine la croissance économique, suffisamment pour ralentir le taux de croissance de l’Europe de l’Ouest au cours des cinq premiers mois de 2018. Le reste de la région a connu une hausse de 3,2 % et devrait s’améliorer, tandis que l’économie du Royaume-Uni devrait recommencer à croître et contribuer aux volumes en Europe de l’Ouest.

La grande nouvelle en Amérique du Nord est l’importation et l’exportation, l’administration américaine menaçant d’imposer des droits de douane allant jusqu’à 25 % sur les véhicules automobiles et les pièces détachées qui traversent la frontière. Nous ne pensons pas que cela se produira réellement, parce qu’il s’agit d’un grand changement dans une industrie aussi énorme. De tels tarifs imposés au Canada, à l’Europe, au Japon et à la Corée entraîneraient des représailles, et l’escalade d’une énorme guerre commerciale mondiale serait catastrophique pour l’économie des États-Unis, la poussant dans une récession d’ici 2020 et juste avant les prochaines élections présidentielles américaines.

L’Amérique est un importateur d’automobiles : en 2017, elle a importé 8,3 millions d’unités mais n’a exporté que deux millions de véhicules. Le Canada et le Mexique représentent environ le quart de tous les véhicules vendus aux États-Unis chaque année. L’Union européenne contribue pour 7 % de tous les véhicules vendus aux États-Unis, tandis que le Japon et la Corée réunis représentent environ 15 %.

Des perdants et non des gagnants

Si les États-Unis imposent des droits de douane à tous les autres pays mais conservent le libre-échange dans le cadre de l’ALENA, les constructeurs automobiles qui perdraient le plus sont Mazda (82 % de ses volumes de ventes aux États-Unis sont importés de l’extérieur de l’Amérique du Nord), Audi (77 %), BMW (71 %) et Daimler (62 %). De tous les constructeurs non américains, c’est Honda qui en souffrirait le moins, puisque 93 % de ses ventes aux États-Unis sont des véhicules assemblés en Amérique du Nord.

Si les États-Unis imposaient des droits de douane sur les véhicules construits au Canada et au Mexique à côté de ceux d’autres pays, les trois constructeurs américains seraient gravement touchés. En raison de ses usines d’assemblage situées à l’extérieur des frontières américaines, Fiat-Chrysler devrait payer des droits de douane sur 54 % de tous les véhicules qu’elle vend en Amérique, General Motors serait frappé sur 37 % et Ford verrait des droits de douane sur un cinquième de ses ventes.

De plus, l’industrie de l’assemblage de véhicules aux États-Unis fonctionne presque à pleine capacité, ce qui signifie que si les tarifs douaniers étaient introduits à des fins de protectionnisme, la production automobile américaine n’augmenterait probablement que de façon marginale. Le ralentissement économique dans un tel scénario empêcherait les entreprises d’investir dans leurs installations pour augmenter la production, et les ventes diminueraient en raison de la hausse des prix des véhicules importés et de la baisse des dépenses des ménages.

Pour toutes ces raisons, nous croyons que les États-Unis maintiendront le statu quo : il y a trop d’enjeux et trop de choses à perdre. Environ 45 % de tous les véhicules vendus au Canada proviennent d’installations américaines, et cela fait partie d’un marché important que personne ne risque de mettre en péril, selon nous.

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