Aux frontières du chaos ?

Aux frontières du chaos ?
Si des tarifs douaniers de 25 % sont imposés, il n’y aura pas de gagnants de part et d’autre de la frontière.

Les tarifs douaniers et le marché canadien des voitures d’occasion.

À l’heure actuelle, vous avez possiblement passé quelques nuits blanches à réfléchir aux désagréments que des tarifs américains sur les véhicules pourraient créer à notre industrie. C’est aussi mon cas. J’écris cet article après l’imposition par notre gouvernement de droits de douane réciproques sur l’acier, l’aluminium et un éventail d’autres produits, mais rien n’a encore été fait concernant les véhicules.

La seule chose que j’espère, c’est une nouvel ALENA équitable pour toutes les parties. L’impact de tarifs douaniers serait dévastateur. John White, président de la CADA, a qualifié de « tsunamis » les dommages potentiels devant le comité chargé du commerce international de la Chambre des communes ; c’est l’explication la plus concise que j’ai entendue.

Marché des voitures d’occasion

On a beaucoup parlé des répercussions pour les voitures neuves, mais j’aimerais orienter mon récit vers l’impact de ces tarifs sur le marché des véhicules d’occasion.

Un grand nombre de voitures usagées sont exportées du Canada vers les États-Unis chaque année. Depuis 2015, ce chiffre se situerait entre 200 000 et 350 000 unités. Cette situation est attribuable à la faiblesse de notre dollar et à une pénurie de voitures d’occasion aux États-Unis.

Lorsque le dollar canadien est passé sous les 0,80 $ US en 2015, il a permis de réaliser des profits en exportant des voitures vers le sud. Compte tenu du taux de change, et même avec la chute des prix des voitures d’occasion aux États-Unis, ce modèle demeure une pratique rentable. Cet exode a contribué à maintenir les prix de l’usagé à des niveaux records.

L’Indice canadien de rétention des véhicules d’occasion du Canadian Black Book, qui suit la valeur des véhicules âgés de deux à six ans, continue d’établir des records. Cette situation à forte valeur ajoutée est en partie due à cette exportation et à notre économie généralement saine, qui créent une forte demande et font monter les prix.

Les valeurs plus élevées des modèles d’occasion ont fait monter le nombre de ventes de voitures neuves, car les détaillants et les équipementiers retirent rapidement les clients satisfaits des baux et des prêts, et les mettent dans de nouveaux véhicules. Un tarif de 25 % ferait dérailler cette exportation et aurait un immense impact sur le secteur canadien de l’occasion.

Les petits caractères

Les répercussions concrètes d’un tarif douanier auront beaucoup à voir avec les conditions réelles inscrites dans la politique. Il est difficile de prévoir à quoi ressembleraient ces petits caractères. J’ai supposé que toute taxe imposée par nos voisins du Sud sur les voitures neuves s’appliquerait également aux voitures d’occasion. Cela éviterait l’expédition de voitures neuves avec 50 km au compteur, faussement qualifiées de voitures d’occasion.

Si un tarif sur les voitures d’occasion devient réalité, il importe qu’il s’applique à toutes les voitures quel que soit leur pays d’origine, ou seulement aux voitures produites à l’extérieur du marché américain. Cela pourrait aussi dépendre grandement de la façon dont les États-Unis redéfinissent leurs règles quant à ce qui constitue une voiture américaine par rapport à une voiture étrangère. Beaucoup de « si » et de « ça dépend » subsistent pour l’instant.

Hauts et bas

Si nous supposons que le tarif ne s’appliquerait qu’aux véhicules fabriqués à l’extérieur des États-Unis, nous pourrions raisonnablement nous attendre à ce que la valeur de ces véhicules particuliers diminue aux enchères canadiennes, tout de suite après l’entrée en vigueur du tarif. Les acheteurs pour le marché américain délaisseraient tout simplement nos produits.

Si les tarifs étaient appliqués à toutes les voitures en provenance du Canada, les véhicules d’occasion actuellement exportés perdraient de la valeur. La baisse des prix de certains véhicules se répercuterait alors sur d’autres véhicules dont la valeur diminuerait en raison de la pression concurrentielle du marché. Au fil du temps, nous nous attendons à ce que certains modèles « fabriqués aux États-Unis » voient leurs prix rebondir.

Alors, pourquoi y aurait-il ces hauts et ces bas ?

On suppose que le gouvernement canadien réagirait à un achat aux États-Unis en imposant un droit similaire de 25 % sur les voitures neuves fabriquées aux États-Unis. Les Canadiens se tourneraient probablement vers le marché de l’occasion en raison de la taxe à l’importation. Le temps que cela peut prendre dépend de la quantité de stocks dont disposent les concessionnaires et les constructeurs, qui varie toujours d’une voiture à l’autre et d’une région à l’autre. Pour certains VUS et camions haut de gamme, une partie du coût du tarif pourrait être absorbée par les constructeurs, mais ils réduiraient probablement les incitatifs, ce qui entraînerait des paiements mensuels beaucoup plus élevés.

Comme il y a beaucoup moins de voitures neuves construites aux États-Unis qui arrivent au Canada, l’offre pour ces véhicules serait très serrée et les prix des véhicules d’occasion pourraient être presque « comme neuf » pour les unités d’occasion légèrement utilisées.

Les concessionnaires seraient aussi touchés. Si les prix des voitures d’occasion chutent aux enchères, cela influencera les prix de détail, ce qui obligera les concessionnaires à « réévaluer » leurs stocks de voitures d’occasion. Cela se traduira par des prix beaucoup plus bas. L’ampleur de cette incidence dépend de la rapidité avec laquelle les consommateurs remplaceront les véhicules d’occasion par des voitures neuves.

Des perdants sur toute la ligne

Quelle que soit la façon dont je regarde cette situation, je ne vois pas de « victoire » de part et d’autre de la frontière. Les tarifs de représailles du Canada et d’autres pays à toute mesure prise par les États-Unis entraîneront une baisse instantanée de la demande de produits américains. Sans cette demande, de nombreux travailleurs américains du secteur de l’automobile seront par la suite dans la rue, et leurs cousins canadiens seront là, à leurs côtés, pour parler du bon vieux temps.

Je garde espoir que le bon sens l’emporte. Les économies des deux pays et notre industrie automobile en dépendent.

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