Les rappels : défaut de fabrication vs valeur escomptée

Les rappels : défaut de fabrication vs valeur escomptéeQuel est l’impact d’un rappel sur la valeur résiduelle de votre véhicule ?

Rappel… Voilà un mot lourd de sens ! Jamais utilisé pour décrire une histoire positive, on dirait qu’il est toujours associé soit à la nourriture, soit à la sécurité des véhicules. La sécurité alimentaire n’est pas de mon ressort, mais il me semble que dans ce cas, le danger ne découle pas d’une suite fortuite d’événements; mangez un produit impropre à la consommation et vous le constaterez immédiatement. C’est irréfutable.

Dans le secteur automobile, c’est différent. Souvent, il faut qu’une série d’événements se produisent avant qu’une situation dangereuse ne survienne. Malheureusement, ces situations arrivent parfois et elles entraînent des blessures ou des décès. Ces incidents sont toutefois très rares lorsqu’on considère le nombre de véhicules rappelés.

Les rappels de véhicules font souvent les manchettes. Est-ce justifié ? Pas toujours, bien qu’on ne puisse certainement jamais les prendre à la légère; on le fait pour des raisons de sécurité. Pourtant, dans certains cas, l’aspect sécurité est difficile à cerner.

 Certains rappels semblent s’adresser aux mauvais conducteurs plutôt qu’aux véhicules défectueux. Un exemple parmi d’autres : un hayon à commande électrique qui ne se verrouille pas automatiquement. C’est manifestement une question de sécurité, mais le texte de l’avis de rappel précise que « le conducteur devra ignorer les témoins visuels et sonores indiquant que le hayon à commande électrique n’est pas fermé. »

Une étude des rappels

J’ai fait une analyse de la base de données des rappels publiée par Transports Canada depuis 1990. J’ai supprimé toutes les entrées qui ne concernaient pas l’automobile, ainsi que celles qui concernaient les motos, les motorisés et autres…

Voici comment fonctionne le registre des rappels : un code de rappel émis par Transports Canada peut couvrir plusieurs modèles de plusieurs marques. Pour cet article, j’ai relevé les codes de rappel et le nombre total de véhicules visé par chacun. L’étude met donc l’accent sur les constructeurs et non sur les marques individuelles. Le résultat n’en est pas moins pertinent, mais la méthodologie est maintenant claire.

Il existe plusieurs types de rappels : volontaires ou obligatoires, campagnes d’entretien, etc. Peu importe la raison, la croyance populaire veut qu’un rappel déprécie la valeur des véhicules d’une marque. Bien que cela semble s’avérer juste, étonnamment, il est difficile d’établir une corrélation étroite.

Cela pourrait s’expliquer par le fait que toutes les marques font l’objet de rappels. Carl Jung n’aimerait sans doute pas que j’applique sa théorie de l’inconscient collectif aux rappels, mais, à mon avis, c’est pertinent. Nous savons empiriquement que toutes les marques effectuent des rappels et cela réduit l’importance que nous leur accordons pendant le processus d’élaboration de notre perception d’une marque.

L’importance du nombre de rappels

Aucun constructeur n’y aspire, mais il doit bien y en avoir un qui remporte la palme. Dans ce cas, c’est General Motors. Depuis 1990, GM a effectué 659 rappels touchant un total de 10,8 millions de véhicules. Chrysler est bon deuxième avec 486 rappels portant sur 6,7 millions de véhicules. Ford emboîte le pas avec 438 rappels visant 9,6 millions de véhicules.

Cependant, ce que nous retenons, c’est le nombre de voitures touchées, rapporté par la presse. Pour mettre les choses en perspective, j’ai examiné le nombre de véhicules par rappel. Dans certains cas, le nombre de rappels est moindre, mais la quantité de véhicules concernée est importante et c’est ce qui se retrouve à la une.

Toyota est le constructeur affichant le plus grand nombre de véhicules par rappel : les marques Toyota, Lexus et Scion ont procédé à 147 rappels portant en moyenne sur 23 047 unités par rappel. Ford suit avec 21 987 unités par rappel, et la troisième place est détenue par Honda avec 121 rappels totalisant en moyenne 20 207 véhicules.

Ces chiffres en surprendront certains. Honda et Toyota sont habituellement situés au pinacle en matière de qualité et sont citées comme modèles d’ingénierie. Néanmoins, un regard attentif aux données de Transports Canada révèle que même les marques les plus réputées en matière de qualité ne sont pas à l’abri de la défaillance d’un composant.

C’est ici que le débat prend une dimension psychologique – je laisse à d’autres le soin de trancher –, à savoir ce qui a le plus d’impact sur la perception de la marque : la fréquence des rappels ou le nombre de véhicules rappelés rapporté par la presse.

Pour ma part, je crois que le nombre de rappels est l’élément le plus susceptible de miner la réputation d’un constructeur. Même s’ils ne sont pas tous également critiques, ils concernent tous la sécurité. On peut donc supposer qu’ils ont un écho similaire auprès du public.

Rappels vs dépréciation

On ne sera pas surpris de constater que les marques ayant le moins de rappels et les moins souvent citées dans les médias à cet égard, ont tendance à avoir une plus grande valeur résiduelle – à l’exception de Honda et Toyota – et qu’à l’opposé, celles qui ont procédé à de nombreux rappels voient la valeur de leur marque se déprécier. En réalité, les résultats ne sont pas aussi tranchés. Certaines marques faisant l’objet de plus de rappels que la moyenne ont tout de même conservé une valeur résiduelle supérieure à la moyenne.

On se souviendra d’une chronique écrite en décembre 2013 qui mettait en parallèle l’étude de J.D. Power sur la fiabilité des véhicules et leur valeur résiduelle. Les résultats de cette étude n’étaient pas convaincants; la même chose se produit avec l’examen des rappels versus la valeur résiduelle.

Les deux études semblent indiquer qu’il existe une corrélation assez faible entre le fait qu’un véhicule a fait l’objet d’un rappel et son pointage en matière de qualité générale. Plusieurs seront surpris par cette conclusion, mais elle démontre que plusieurs autres facteurs entrent en ligne de compte lorsque vient le temps de calculer la valeur résiduelle d’un véhicule.

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