Le libre-échange Canada-Japon : un marché en pleine mutation

David Worts, directeur administratif du JAMA (Photo: JAMA)

David Worts, directeur administratif du JAMA (Photo: JAMA)

Le Canada négocie avec le Japon depuis un peu plus de deux ans afin de parvenir à un accord de libre-échange. Parmi les principaux enjeux qui sont au coeur des négociations : les droits de douane de 6,1 % que le Canada impose aux voitures qui proviennent de l’archipel japonais.

Selon le directeur administratif de la Japan Automobile Manufacturers Association of Canada (JAMA), David Worts, rencontré lors de son passage au Salon International de l’Auto de Montréal en janvier, il est important qu’Ottawa et Tokyo s’entendent le plus rapidement possible pour éliminer ces droits afin que les véhicules japonais et les concessionnaires qui les vendent restent compétitifs sur le marché canadien.

Ces droits de douane touchent environ 25 % des voitures japonaises vendues sur le territoire canadien, précise d’emblée M. Worts. Les autres 75 % fabriqués en Amérique du Nord – au Canada, aux É.-U. ou au Mexique –, à l’intérieur de la zone de libre-échange nord-américaine. Ces voitures sont donc exemptes de droits de douane.

Produits de niche

Les véhicules qui proviennent du Japon ont certaines particularités. « Ce sont surtout des produits de niche, indique le directeur. Il s’agit de voitures de luxe telles que les Lexus – à l’exception du modèle RX350, construit au Canada – et des véhicules plus avancés sur le plan technologique. » Dans ce dernier cas, il s’agit essentiellement des véhicules hybrides rechargeables, des hybrides et des véhicules propulsés par des piles à combustible, que les constructeurs japonais s’apprêtent à mettre en marché, indique-t-il.

Or, le directeur administratif de JAMA se dit « particulièrement préoccupé par l’impact qu’ont les droits de douane sur l’importation de ces véhicules à technologies nouvelles ou avancées. Puisque ces technologies tendent à être assez chères en raison des coûts engendrés par la recherche et le développement, ajouter 6,1 % à cela, ce n’est pas négligeable ! C’est un coût supplémentaire à introduire lorsqu’on fixe le prix de vente au détail. C’est donc un frein à l’importation de ces voitures et des technologies qu’elles contiennent. Chaque entreprise choisit la façon dont elle fixe ses prix, nous n’intervenons évidemment pas dans ce processus ; mais abolir ce 6,1 % permettrait assurément de réduire les prix de vente. Cela rendrait ces véhicules plus compétitifs sur le marché. »

« En abolissant ces droits de douane, en partie ou en totalité, les concessionnaires canadiens pourraient réduire le prix de vente au détail des voitures, poursuit M. Worts. S’ils décidaient de conserver les prix en vigueur aujourd’hui, ils pourraient alors ajouter plus de contenu aux véhicules ; ou encore, ils pourraient offrir des options de financement plus intéressantes, comme des taux d’intérêt ou de financement plus bas. Bref, cela dégagerait toute une gamme d’options financièrement intéressantes pour les concessionnaires. »

Selon M. Worts, ces véhicules plus avancés sur le plan technologique deviendraient alors plus accessibles aux consommateurs sensibilisés aux enjeux écologiques. « Bien des gens sont désormais enclins à se préoccuper de l’environnement lorsque vient le temps d’acheter un véhicule. Ils sont plus conscientisés à propos des émissions de gaz à effet de serre et de la consommation d’essence. Une baisse ou une abolition des droits de douane rendrait ces véhicules plus abordables et plus accessibles à ce nouveau type d’acheteur. »

Pièces de rechange plus abordables

Un autre avantage que pourraient tirer les concessionnaires de voitures japonaises d’un éventuel accord de libre-échange avec le Japon concerne les pièces de rechange. M. Worts estime qu’elles seraient alors elles aussi exemptes de droits de douane, qui oscillent présentement entre 4 et 8 % environ, selon le type de pièces. « Quelle que soit leur origine, les pièces qui proviennent de l’étranger et qui sont importées pour construire des véhicules au Canada sont déjà libres de droits depuis 1998, précise le directeur administratif. Mais pas les pièces que l’on commande du Japon pour faire des réparations, par exemple. Elles deviendraient fort probablement exemptes de droits si un accord devait être conclu. Les concessionnaires de voitures japonaises au Canada seraient là aussi plus compétitifs. »

Compétition accrue avec les sud-coréennes

L’importance de conclure un accord le plus rapidement possible avec le Japon est d’autant plus grande, estime M. Worts, que les droits de douane de 6,1 % qu’imposait le Canada sur les voitures importées de Corée du Sud sont en train de disparaître progressivement et ce, depuis janvier 2015. Il est en effet prévu dans l’accord de libre-échange conclu entre Ottawa et Séoul, et entré en vigueur au début de l’année, que les voitures sud-coréennes entreront au pays libres de droits. « Cela donne un avantage aux voitures provenant de Corée du Sud sur le marché canadien. L’un des messages de JAMA au gouvernement du Canada est que maintenant que l’accord est signé avec Séoul et qu’il vient d’entrer en vigueur, il faut accélérer les négociations de libre-échange avec Tokyo afin de ne pas être désavantagé. »

Qui plus est, un autre accord de libre-échange entre le Canada et l’Europe, qui devrait entrer en vigueur sous peu, fera lui aussi augmenter la compétition avec les voitures japonaises, avance M. Worts. En effet, comme avec la Corée du Sud, cet accord prévoit l’élimination progressive des droits de douane de 6,1 % dont sont actuellement frappées les voitures européennes entrant au Canada.

« Avec ces deux accords de libre-échange en place, mais sans accord avec le Japon, les voitures japonaises provenant de l’autre côté du Pacifique seront de plus en plus désavantagées face à la compétition européenne et sud-coréenne », conclut David Worts.

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