Légitimer l’usage de l’automobile

Légitimer l’usage de l’automobile
Robert Poëti pose avec la plaque de sa première voiture – une Ford Montcalm – et la plaque de son premier véhicule hybride branchable. Elles figurent toutes les deux sur la porte de son bureau. (Photo : Josée Hamelin)

Il fallait de grands souliers pour marcher dans les pas de Jacques Béchard, qui a été PDG de la CCAQ pendant près de trois décennies. L’ancien ministre Robert Poëti, déjà bien en selle, semble déterminé à laisser sa marque.

Lors de notre rencontre dans les locaux de la Corporation des concessionnaires d’automobiles du Québec (CCAQ), dans la Vieille-Capitale, le nouveau PDG était très fier d’exhiber la plaque verte de sa première voiture hybride branchable, reçue quelques minutes auparavant.

Un milieu stimulant

Lorsque des chasseurs de tête l’ont approché pour ce poste, il a souri pendant qu’il parlait au téléphone : « Quelqu’un qui m’aurait vu à cet instant précis aurait sans doute pu deviner que j’avais un intérêt.

« C’est un milieu qui m’anime en raison de son évolution, explique-t-il, mais aussi parce qu’il répond à un besoin, et qu’au plan de la sécurité et de l’environnement, il a réussi sa transition en parlant d’une seule voix. »

Pour lui, il n’y a d’ailleurs aucune incohérence entre la promotion du transport collectif effectuée à l’époque où il était ministre des Transports du Québec et son ambition de faire rayonner l’industrie automobile maintenant qu’il est à la tête de la CCAQ.

S’il admet qu’il y a peut-être lieu de tendre vers une décroissance de l’automobile dans les milieux urbains congestionnés, où le plaisir de conduire n’est plus aussi présent, il affirme que dans les régions plus éloignées, la voiture prend encore tout son sens. Légitimer son utilisation – comme solution d’actualité pour la plupart des Québécois – fait d’ailleurs partie de ses priorités.

Celui qui représente désormais près de 1000 concessionnaires se considère privilégié de pouvoir jouer ce rôle, qui est assorti à de grandes responsabilités. « Nous sommes partenaires de l’évolution de l’industrie non seulement au Québec, mais également au Canada et dans le monde. »

Un important levier économique

Au Québec, signale-t-il, l’automobile représente 40 000 emplois directs et bien rémunérés. « Il s’agit d’un levier économique incroyable. Ça représente des taxes de près de 2 milliards de dollars récoltées par le gouvernement sur chaque transaction, sans compter celles perçues au niveau municipal lors de la construction et de la rénovation de bâtiments aux dimensions souvent enviables. »

Contrairement aux grandes firmes comme Bombardier, il mentionne que les concessionnaires ne reçoivent pas de subventions de l’État alors qu’ils sont dispersés sur l’ensemble du territoire et constituent un moteur économique régional. « Il s’agit d’un type d’entrepreneuriat qui se transmet de génération en génération et où un nombre grandissant de femmes viennent ajouter leur couleur. »

Concernant les regroupements automobiles mis sur pied par des gestionnaires aguerris, M. Poëti constate qu’en dépit de la taille de leurs organisations, ces visionnaires ont bâti et continuent de bâtir une relation de confiance entre eux et le client, « car oui, on magasine plus par Internet, mais concrètement, le client veut un contact direct avec son concessionnaire. »

Une industrie qui évolue

Les véhicules sont plus performants, écoénergétiques, sécuritaires, et ils répondent aux besoins de la vie d’aujourd’hui. Dans les années 80, le parc automobile québécois comptait 3 millions de véhicules et causait la mort de 2300 personnes, illustre-t-il. De nos jours, il oscille entre 6 et 7 millions d’unités et on compte moins de 400 décès par année, notamment grâce aux coussins gonflables, à la qualité du freinage et à l’intelligence embarquée.

« Ce qui est remarquable, c’est que ces technologies ne se limitent plus seulement aux modèles de luxe. Même avec un petit budget, on peut avoir un véhicule muni d’aides à la conduite. Et si on n’a pas les moyens de l’acheter dans le neuf, les concessionnaires se positionnent comme une destination de choix dans l’usagé. »

Électrification et environnement

« Comme province, nous avons le potentiel d’être des leaders en matière d’électrification, grâce à des partenaires comme Hydro-Québec ou des pionniers comme les Rôtisseries St-Hubert, assure l’ex-politicien. Et contrairement à d’autres États, la spécificité du Québec, c’est de produire de l’électricité propre. »

Il a d’ailleurs salué le travail effectué par François Legault, qui, dans son minibudget, a remis de l’argent dans Rouler électrique. M. Poëti ne se gêne pas pour critiquer la « très mauvaise décision environnementale du gouvernement de l’Ontario », qui a aboli les incitatifs à l’achat de véhicules verts.

En ce qui concerne la cible des 100 000 véhicules hybrides ou électriques en circulation promis par Québec d’ici 2020, il considère qu’elle est « ambitieuse », mais « qu’avoir de petits objectifs ne donne que de petites réussites ». Il estime donc que son atteinte sera grandement influencée par le désir du gouvernement de continuer à subventionner l’électrification au cours des prochaines années.

Les projets de la CCAQ

Avec la pénurie de travailleurs, la CCAQ s’emploie actuellement à développer des outils incluant un programme d’immigration pour la main-d’oeuvre. Un partenariat a d’ailleurs été conclu avec la Tunisie pour la reconnaissance d’acquis en carrosserie.

La corporation provinciale souhaite aussi impliquer le gouvernement dans la formation de la main-d’oeuvre en lui faisant part des préoccupations de ses membres. Elle veut également évaluer les besoins des regroupements afin de pouvoir leur offrir de la formation adaptée à leur réalité.

Un deuxième souffle

Sur la fin de la possession automobile annoncée par plusieurs analystes, M. Poëti perçoit seulement un changement du modèle économique, mais souligne que les gens vont continuer à devoir se véhiculer et que pour ce faire, l’automobile demeure un moyen de choix dans bien des cas !

Fondée en 1945, la CCAQ a toujours su s’adapter à l’évolution de la société. Si la Corporation représente la deuxième vie de Robert Poëti, on peut certainement voir l’ex-politicien comme celui qui donnera son second souffle à l’organisation.

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