Les 20 ans de l’ALÉNA : le Mexique, grand gagnant

Malgré la vigueur du marché et l’augmentation constante des ventes de voitures et de camions légers au Canada, la construction de véhicules s’est déplacée vers le Mexique en raison de l’ALÉNA.

Malgré la vigueur du marché et
l’augmentation constante des ventes de
voitures et de camions légers au Canada,
la construction de véhicules s’est déplacée
vers le Mexique en raison de l’ALÉNA.

Le temps file et même si certains ont du mal à y croire, l’accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) célèbre ses 20 ans. Cet anniversaire pourtant digne de mention ne fait pas l’unanimité.

Au Canada, malgré l’augmentation constante des ventes de voitures et de camions légers, et la vigueur du marché, cet accord a entraîné une réduction de la construction de véhicules au profit du Mexique. La croissance annuelle de l’industrie automobile mexicaine atteint près de 6 % depuis l’entrée en vigueur de l’ALÉNA.

Parallèlement, bien qu’environ 16 % de la fabrication totale en Amérique du Nord soit assurée par le Canada, notre part d’investissements a diminué d’environ 5 % au cours des dernières années. Dans l’ensemble, la production de véhicules a plus que triplé au Mexique, pendant que l’assemblage automobile progressait à peine au Canada et que les États-Unis enregistraient une baisse à deux chiffres.

Depuis 1994, la production de véhicules et de pièces automobiles représente près du tiers de l’augmentation de l’activité industrielle totale du Mexique. Pendant la même période, ce secteur a chuté à 10 % de l’ensemble de la production au Canada et à 9 % aux É.-U. J’espère que le secteur fera meilleure figure un jour, mais je ne pense pas que la production automobile atteindra de nouveau ce fameux 16 %.

La perception des consommateurs a également bien changé au fil des ans. Lors de l’entrée en vigueur de l’ALÉNA, de nombreux acheteurs pensaient que la qualité des véhicules construits au Mexique était inférieure à la qualité de ceux construits au Canada ou chez nos voisins du sud. Les constructeurs n’ont pas hésité à investir au Mexique afin de contrer ce problème, ce qui a contribué à améliorer la confiance des consommateurs envers les véhicules construits dans ce pays.

Pourquoi le Mexique ?

Les salaires expliquent en partie la décision des constructeurs d’assembler autant de véhicules au Mexique, mais les accords de libre-échange conclus par le Mexique auprès de 40 pays – qui permettent d’exporter partout des véhicules exempts de douanes – constituent un élément déterminant. Les usines d’assemblage canadiennes exportent presque exclusivement vers les États-Unis et, bien que le Mexique y envoie également une partie de sa production, plus de 20 % de celle-ci est exportée à l’extérieur du territoire de l’ALÉNA. Il s’agit du secteur enregistrant la croissance la plus rapide; nous n’avons pas accès à ces marchés.

Les constructeurs japonais et européens stimulent fortement l’industrie automobile au Mexique. Ils fabriquent ensemble plus de véhicules que les constructeurs nord américains et leur production compte pour plus de 60 % de celle du pays. Nissan a ouvert une nouvelle usine de montage au Mexique l’an dernier; Mazda et Honda lui emboîteront le pas sous peu. La Q5 de Audi sera entièrement assemblée au Mexique en 2016, et BMW envisage l’implantation d’une nouvelle usine pour la fabrication des Séries 1 et 3.

En plus de pouvoir réduire au minimum le nombre d’obstacles freinant l’accès au marché mondial, ces constructeurs concentrent au Mexique l’assemblage des modèles les plus vendus aux Américains et aux Canadiens, puisque les coûts d’expédition sont inférieurs à ceux des usines outre-mer.

Approvisionnement en pièces

L’assemblage complet est une réalité récente du Mexique. Au départ, cette industrie devait permettre d’alimenter à moindre coût les chaînes d’approvisionnement américaines et canadiennes. Le but a été atteint puisqu’en 1998, les exportations du Mexique vers les usines américaines ont dépassé celles des constructeurs canadiens. Cette croissance rapide s’est finalement stabilisée, mais le Mexique est responsable de 34 % de la fabrication de toutes les pièces qui se retrouvent dans les usines américaines.

Chaque véhicule construit aux États- Unis comprend maintenant plus de 4000 $ de pièces fabriquées au Mexique, soit quatre fois plus qu’en 1990. La valeur des pièces fabriquées au Canada a culminé à 1980 $ par véhicule en 2010, soit deux fois plus qu’en 1990, mais elle atteint maintenant seulement 1500 $.

Dans l’ensemble, depuis l’entrée en vigueur de l’ALÉNA, les trois pays ont connu une augmentation des ventes et de la production de véhicules. Bien que l’accord présente des avantages, ils ne sont pas répartis équitablement entre les « tres amigos », et l’industrie automobile mexicaine remporte les honneurs haut la main.

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