De la piste à la concession

De la piste à la concession
Une Subaru lors du Championnat des rallyes canadiens. (Photo : Maxime Poirier-poleposition.ca)

Les véhicules autonomes vont changer la façon dont les constructeurs font la promotion de leurs produits. En attendant, le plaisir de conduire demeure un allié des ventes.

« Ce qu’on remarque au Canada, c’est que plusieurs des constructeurs qui performent le mieux – tels Subaru, Porsche et Nissan – ont une série de course », mentionne Philippe Brasseur, rédacteur en chef du magazine québécois Pole Position, lorsque questionné sur le rayonnement des marques associées à ces épreuves de vitesse et d’agilité.

Garder les berlines populaires ?

Dans un contexte où près de 70 % des ventes sont attribuées aux camions légers, on est à même de se demander si les voitures utilisées en course ont une plus grande « espérance de vie » que les autres…

Le modèle utilisé en course a son importance, répond le spécialiste – qui compte plus de 25 ans d’expérience sur les circuits d’ici et d’ailleurs –, mais pour un constructeur, c’est d’abord la marque qui importe.

« Le non-dit de Porsche en marge de la Série GT3, c’est : « Vous avez vu une superbe course, venez constater le dynamisme de nos voitures de plus près », illustre-t-il. Chez Nissan, l’exercice est le même avec la Coupe Micra, mais il se situe à l’autre bout du spectre. Au lieu de vendre du rêve et de la performance, on sous-entend : « Cette voiture abordable et fiable, vous pourriez aussi la conduire ». » Au final, on veut que le client s’identifie à la marque et se déplace en concession.

La série Porsche GT3 (Photo : Bruno Dorais-poleposition.ca)

Adaptées à la vraie vie

Chez Subaru, on met l’emphase sur le dynamisme et la praticité. « La marque se spécialise dans les modèles à transmission intégrale, observe M. Brasseur. Lors du Championnat des rallyes canadiens – où de nombreuses WRX concourent – trois évènements sur huit sont disputés en hiver. Quand tu roules sur la glace, cette caractéristique est indispensable au succès. » Avec un hiver qui dure jusqu’à six mois, les Subaru sont donc adaptées aux conditions rencontrées par le consommateur.

La marque se distingue aussi par ses pièces facilement accessibles, surtout quand on fait la comparaison avec les modèles européens. De plus, ces voitures, déjà performantes, ne nécessitent que peu de modifications avant de pouvoir être utilisées en compétition.

Une profession de foi

Plusieurs solutions technologiques – comme les palettes de changement de vitesse au volant utilisées par Porsche (pour la première fois aux 24 Heures du Mans en 1986) – proviennent de la course. Toutefois, au-delà de l’innovation, la piste permet de tester la fiabilité des produits, souligne M. Brasseur. « Évidemment, l’endurance est mesurée au préalable, mais j’admire le courage des constructeurs qui mettent leurs bolides à l’épreuve alors qu’ils pourraient se contenter de les vendre. »

Pas que de la vitesse

Avec la congestion, les limitations et les réglementations, le plaisir de conduire n’est plus aussi présent sur les routes. S’il n’y avait plus de course, M. Brasseur croit que les gens s’y défouleraient davantage. Le sport automobile n’est toutefois pas que l’apanage des bad guys qui vont faire des tours sur circuit fermé.

Philippe Brasseur, rédacteur en chef, Pole-Position (Photo : poleposition.ca)

Selon lui, ce qui est intéressant avec une série comme la Coupe Micra, c’est qu’elle permet à des amateurs d’accéder au sport automobile. « Pas besoin que ça aille vite pour faire de belles courses. Comme tous les participants concourent avec le même modèle, le niveau de pilotage est très élevé et il suffit d’une erreur pour être relégué au 4e rang. » Avec son côté bon enfant, ce type de compétition plaît à une clientèle plus familiale, en plein dans le créneau de Nissan.

Question d’offrir aux clients une expérience inoubliable, lors de chaque course, des conducteurs de Micra sont invités à parader sur le circuit à l’heure du lunch. « Convier des propriétaires sur la piste, je n’ai jamais vu ça dans aucune série, commente l’expert. Parfois, on invite les clients aux courses, mais jamais à aller en piste durant le week-end de compétition. »

Le fait qu’on utilise une sous-compacte (un modèle qui n’est pas prédestiné à la course) lui donne à penser que d’ici quelques années, on pourrait voir des séries avec des VUS. « En modifiant la suspension et en abaissant les véhicules, ce ne serait pas incompatible. » En NASCAR, note-t-il, il y a une série avec des camionnettes. Bref, selon le rédacteur en chef de Pole-Position, le sport automobile va évoluer en fonction de la demande et des produits qui se retrouvent en concession.

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