Vers une utilisation optimale de chaque véhicule

Vers une utilisation optimale de chaque véhicule
Roger Constantin, Services Conseil RC; Louis-Michel Lanoie, STM, Jonathan Chabot, Énergir; Marc-André Lafleur, STM et Jean-Philippe Lajoie, CÉGER. (Photo : Josée Hamelin)

Alors que les gestionnaires ont accès à des outils perfectionnés, qui permettent d’analyser chaque véhicule dans son unicité, la tendance semble être à la décroissance de la taille des parcs.

Une vingtaine de personnes ont pris part à la rencontre sur les meilleures pratiques organisée par le chapitre québécois de la NAFA le 20 septembre. L’évènement, tenu au Holiday Inn de Longueuil, s’est concentré sur deux thèmes : le cycle de vie des véhicules et la taille des parcs.

Viser le remplacement idéal

« Le cycle de vie est un modèle mathématique permettant de déterminer la durée de vie utile du véhicule », a résumé Roger Constantin, de Services conseils RC, qui a organisé cette demi-journée de formation.

De nos jours, avec le développement des données, ça va beaucoup plus loin que l’âge et le kilométrage. Il faut inclure le coût total de possession dans l’analyse du cycle de vie. Le comportement de conduite est aussi un élément qui devrait être considéré. « Souvent dépassé, mais rarement devancé, le remplacement optimal peut permettre des économies substantielles », a assuré M. Constantin. Pour en témoigner, quatre gestionnaires, issus de trois organisations – Énergir, la STM et le CÉGER – ont fourni des exemples concluants.

Une obligation de rentabilité

Fondé en 1997, le Centre de gestion de l’équipement roulant (CÉGER) a une obligation d’autofinancement et relève du ministère du Transport du Québec. Son parc compte plus de 8000 véhicules et équipements, dont 820 modèles électriques et hybrides. Il offre des services de gestion de parc « tout inclus » aux organismes publics et parapublics et bénéficie de prix enviables, en raison des achats groupés effectués pour les pneus et les lubrifiants.

« Pendant que les véhicules sont utilisés par nos clients, des données sont recueillies et une analyse cyclique permet de cibler la conservation qui engendrera les plus bas coûts d’exploitation », a signalé Jean-Philippe Lajoie, analyste en tarification au CÉGER. En fin de vie, chaque unité, dont la taille varie du tracteur à gazon à la déneigeuse, est vendue lors d’encans ou de ventes de gré à gré, après avoir d’abord été remise en valeur.

Retarder les remplacements ?

Ingénieur principal en gestion de flotte à la Société de transport de Montréal (STM), Marc-André Lafleur gère 400 véhicules de services. « Nos véhicules roulent peu, alors le kilométrage n’influence pas vraiment le moment d’en disposer », a-t-il expliqué. Il faut comparer plusieurs variables, comme l’impact des carburants alternatifs et les frais d’entretien.

Pour chacun des 50 remplacements effectués durant l’année, il se demande s’il devrait garder l’unité un an de plus ou la remplacer. Dans environ 30 % des cas, le remplacement est reporté, parce que c’est plus rentable de conserver le véhicule.

Son collègue, Louis-Michel Lanoie, surintendant à la tête du parc de la STM, a parlé d’une enquête effectuée à la suite de l’augmentation du nombre de véhicules du parc et de la réserve. « Même si les budgets de remplacement avaient été alloués, nous avons questionné l’usage, a-t-il indiqué. La télémétrie a permis de vérifier nos hypothèses de départ et de constater que certains véhicules en fin de vie étaient conservés inutilement et que d’autres n’étaient simplement plus nécessaires. » La STM a ainsi économisé plus de 575 000 $.

« Lorsque des affectations changent, ça ne se rend pas toujours aux oreilles du gestionnaire de parc », a observé M. Lanoie, en donnant l’exemple d’une personne sur la route qui cesse de l’être. Pour avoir l’heure juste, il faut impliquer les usagers et passer à l’action dès que l’on obtient un diagnostic clair. »

Quand on voit la neige s’accumuler sur le toit d’un véhicule, c’est signe que ce dernier est peu utilisé, a-t-il illustré. Il faut ensuite en déterminer la cause. « Amorcer une décroissance nécessite un certain courage, a-t-il prévenu, mais si c’est fait judicieusement, vous gagnerez en crédibilité. »

Gérer les probabilités 

« Chez Énergir, on croise différentes variables pour déterminer la zone de remplacement optimale, a expliqué Jonathan Chabot, conseiller en planification de la gestion du parc. On s’est entretenu avec nos mécaniciens pour documenter tous les coûts prévisibles qui pourraient survenir si on gardait nos véhicules trop longtemps. »

Il constate qu’il y a beaucoup de variabilité et qu’il faut faire énormément de micro ciblage des données. L’entreprise s’est dotée d’un logiciel de gestion des actifs qui permet de générer des scénarios aléatoires pour mesurer les risques en présence d’incertitude. Cela lui a permis de déterminer les maximums et les minimums des corrélations pour chaque unité du parc.

« Nos besoins évoluent constamment et tout va si vite qu’une chose qui était justifiée il y a deux ans ne le sera peut-être plus demain, a-t-il révélé. « Pour gérer efficacement, il faut des faits, et les logiciels, jumelés à la télémétrie, permettent d’établir l’utilisation et les tendances. » Parfois, louer occasionnellement un véhicule peut s’avérer plus rentable que d’en posséder des excédentaires. Pour cela, il faut pouvoir déterminer avec précision quand ceux-ci sont disponibles, et à quel moment ils sont par exemple en maintenance au garage.

L’intégrité des données

En fin de rencontre, M. Constantin a parlé de l’importance d’avoir des données intègres. « Il ne faut pas attendre l’implantation d’un nouveau système pour s’y attarder. » Même avec des données limitées, c’est possible de faire des estimations, a-t-il affirmé, en évoquant le cas d’une organisation, où une validation effectuée par les usagers a permis de diminuer de 15 % la taille du parc.

Au lieu d’évaluer des groupes de véhicules, chaque modèle tend à se comparer à lui-même, puisque l’usure et le kilométrage varient au gré des utilisations et des conducteurs. S’il rêve déjà du moment où l’on pourra dire en temps réel : « ne faites pas cette réparation, mieux vaut remplacer le véhicule, car sinon, vous allez faire exploser les coûts », Roger Constantin se réjouit des progrès réalisés. La rencontre aura permis d’offrir des exemples concrets d’actions qui peuvent être entreprises pour optimiser la gestion au quotidien.

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