Télémétrie et assurance : la tarification selon l’usage, c’est aussi pour les parcs

« La télématique change complètement la dynamique dans le domaine de l’assurance. » Craig Weber, chef de la direction de Celent.

« La télématique change complètement la dynamique dans le domaine de l’assurance. »
Craig Weber, chef de la direction de Celent.

Le concept fait fureur auprès des particuliers et risque de connaître du succès dans un proche avenir auprès des gestionnaires de parcs.

Vers la fin de l’année dernière, des dirigeants d’entreprises et des experts du domaine de l’assurance se sont rencontrés dans le cadre de la Conférence nationale sur l’assurance au Canada (CNAC), qui se tenait à Gatineau, au Québec, afin de traiter de certaines questions d’importance. L’une des plus intéressantes touchait l’avenir de l’assurance et l’apport des nouvelles technologies.

La conférence fut aussi l’occasion de parler d’assurance tarifée selon l’usage réel, une formule déjà proposée aux consommateurs. Selon certains experts, cette tarification devrait aussi être offerte aux gestionnaires de parcs d’ici quelques années.

La tarification selon l’usage

Pour appliquer une tarification selon l’usage, l’assureur doit installer un appareil de télématique dans le véhicule du client afin de connaître ses habitudes de conduite (destinations, vitesse, comportement, façon de freiner, horaire d’utilisation, etc.).

« La télématique change complètement la dynamique dans le domaine de l’assurance », explique Craig Weber, chef de la direction de Celent. « Jusqu’à maintenant, l’assureur fixait la prime à partir de renseignements donnés par le client, mais le lien entre cette information et le montant de la prime n’était pas toujours facile à établir. La télématique permet au client de comprendre parfaitement comment son comportement influence le montant qu’il paie. Elle risque de l’amener à changer sa façon de conduire, car il pensera à l’impact de chacune de ses décisions sur le montant qu’il devra payer.

Michel Laurin, président et directeur de l’exploitation chez Industrielle Alliance assurance auto et habitation, partage cette perception. Sa compagnie offre déjà la formule aux clients désireux de réduire leur prime d’assurance auto.

Connu sous le nom de Mobiliz, le produit a pris l’industrie par surprise. En effet, selon M. Laurin, personne n’avait vu venir la chose. « Pour être parfaitement honnête, je dois dire que nous nous sommes surpris nous-mêmes », ajoute-t-il.

Selon lui, Mobiliz amène des changements radicaux dans la façon de faire des assureurs et dans les habitudes de leurs clients.

Pour commencer, les clients qui choisissent Mobiliz peuvent tout faire en libre-service sur Internet, qu’il s’agisse de demander une soumission ou d’obtenir le règlement d’une réclamation. Ensuite, la prime est ajustée chaque mois dans un sens ou dans l’autre, et le client peut se retirer du programme sans pénalité. Finalement, l’historique du client n’est pas pris en compte dans le calcul de la prime qu’il doit payer.

« Avec Mobiliz, le passé n’est plus garant de l’avenir. Nous pensons au contraire que nous pouvons amener les gens à modifier leurs comportements et à conduire de façon plus sûre. »

« J’aimerais que les gestionnaires de parcs utilisent des technologies qui inciteraient les chauffeurs à conduire plus prudemment; cela réduirait de beaucoup les coûts liés au gaspillage. » Robin Harbage, directeur, Towers Watson.

« J’aimerais que les gestionnaires de parcs utilisent des technologies qui inciteraient les chauffeurs à conduire plus prudemment; cela réduirait de beaucoup les coûts liés au gaspillage. »
Robin Harbage, directeur, Towers Watson.

Le secteur commercial

S’il est un aspect qui préoccupe les gestionnaires de parcs, c’est bien le comportement des utilisateurs. Certains experts leur recommandent fortement de recourir à la télématique même si au Canada, la tarification selon l’usage n’est pas encore offerte dans ce segment de marché. En effet, l’information recueillie peut permettre aux gestionnaires de réduire leurs coûts d’assurance, même si cela ne se fait pas automatiquement, comme c’est le cas pour les particuliers.

« J’aimerais que les gestionnaires de parcs utilisent des technologies qui inciteraient les chauffeurs à conduire plus prudemment; cela réduirait de beaucoup les coûts liés au gaspillage », affirme Robin Harbage, expert en tarification selon l’usage et directeur chez Towers Watson. « La télématique permet de générer des rapports en ligne que les conducteurs peuvent consulter pour voir, par exemple, où leurs comportements se situent par rapport à la moyenne, ce qui peut les inciter à améliorer leurs habitudes. Pour les parcs, les économies pourraient être importantes si le nombre d’accidents diminuait, disons de 50 %, d’une année à l’autre. »

Bientôt offerte près de chez vous

Pour l’instant, la tarification selon l’usage en est à ses débuts dans le marché de l’assurance individuelle au Canada. Seuls quelques assureurs l’offrent à leurs clients et uniquement dans certaines régions. Pour ce qui est des parcs de véhicules, il n’y a rien à l’horizon pour le moment. Cependant, Robin Harbage croit que nous la verrons se répandre plus vite que nous le pensons.

« Je suis convaincu que la tarification selon l’usage va s’installer au Canada de la même façon qu’aux États-Unis », soutient-il. « Une fois que le système sera implanté dans le marché de l’assurance individuelle, certains assureurs verront le potentiel qu’il revêt pour le secteur commercial. »

M. Harbage affirme que son arrivée au Canada n’est qu’une question de temps. « Je pense même que la révolution sera plus rapide chez vous (au Canada), puisque l’expérience américaine vous servira de guide. De plus, les assureurs qui sont présents dans les deux pays feront office de leaders dans la transition, puisqu’ils n’auront qu’à faire passer la frontière aux systèmes déjà en vigueur. Les autres assureurs canadiens ne tarderont pas à emboîter le pas. »

Michel Laurin, président et directeur de l’exploitation de l’Industrielle Alliance, assurance auto et habitation.

Michel Laurin, président et directeur de l’exploitation de l’Industrielle Alliance, assurance auto et habitation.

Bien que personne ne puisse prédire combien de temps il faudra pour que la tarification selon l’usage se répande dans le marché canadien des parcs automobiles, Robin Harbage se risque à une prédiction. « Plusieurs grosses compagnies nord-américaines comme Travellers, Hartford, Liberty Mutual et Zurich, commencent à offrir la tarification selon l’usage à leurs clients commerciaux aux États-Unis. Or, certaines d’entre elles sont aussi présentes au Canada, ce qui laisse présager que la formule y sera bientôt offerte. Je pense sincèrement que les gestionnaires de parcs canadiens pourront en profiter à partir de 2015. »

Photos: NICC

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