Entre concepteurs, constructeurs et impartiteurs

Entre concepteurs, constructeurs et impartiteurs
Rodrigue Michaud, directeur de la zone Est, ARI (Photo : Josée Hamelin)

À l’instar de la téléphonie cellulaire, les outils télémétriques évoluent rapidement. Ils sont déjà plus performants et accessibles qu’il y a quelques années. Tellement accessibles que même les constructeurs proposent maintenant les leurs.

L’été dernier, après l’avoir rendu disponible aux États-Unis, GM lançait son service Lien commercial au Canada afin de fournir des solutions de gestion de parc aux entreprises désireuses d’obtenir des données à propos de leurs véhicules. Nous avons demandé à différents acteurs de l’industrie ce qu’ils pensent de l’arrivée des constructeurs automobiles dans ce secteur.

Jean-François Dumas, directeur régional, Gestion de parc de véhicules Element, l’Est du Canada (Photo : Josée Hamelin)

Des modules intégrés

« Nous disposons déjà d’une entente avec GM pour accéder directement aux données fournies par On Star, explique Jean-François Dumas, directeur régional de Gestion de parc Element pour l’Est du Canada. Nos clients n’ont donc pas besoin de télécharger le Lien ou d’installer un module de télémétrie supplémentaire sur leurs véhicules. Ces variables sont directement importées dans Xcelerate, notre plateforme de gestion. »

Son entreprise a conclu une entente similaire avec Ford. Il croit que dans un avenir rapproché, d’autres constructeurs vont proposer d’emblée ces données. « Les outils télémétriques viendront d’usine au lieu d’être ajoutés par la suite à la voiture sous forme de module. »

M. Dumas est d’avis que les constructeurs voient dans l’analyse des données un marché supplémentaire. « Il est certain que certains petits fournisseurs risquent de subir les contrecoups de leur arrivée dans ce créneau. » Toutefois, il considère que la plupart des gestionnaires cherchent à obtenir des données qui vont au-delà de la vitesse, de la fréquence des freinages brusques et du temps où le moteur fonctionne au ralenti.

L’impartiteur leur offre par exemple de connaître les codes de diagnostic moteur, pour freiner le temps d’immobilisation. En ayant accès à ces codes, il peut autoriser plus rapidement les réparations en garage, puisqu’il sait déjà pour quel problème le véhicule sera entretenu.

Element souhaite aller plus loin et faire des analyses prédictives qui permettront de prévenir un évènement avant même qu’il ne survienne. « La multiplication des joueurs rend les solutions télémétriques moins coûteuses. Même pour des petits parcs, l’utilisation des codes de diagnostic peut devenir un atout. »

Pas de standardisation

« Je peux comprendre le but des constructeurs de vouloir s’avancer dans ces plateformes, indique Mario Massicotte, v.-p. aux ventes et marketing d’Astus – une marque d’ETL Électronique qui conçoit et fabrique des solutions télémétriques québécoises à Longueuil –, mais je ne crois pas que les entreprises vont standardiser leurs parcs pour les limiter à une seule marque.

« Le gestionnaire de parc veut une vue d’ensemble, ajoute-t-il, afin de pouvoir colliger le tout. La seule dimension dans laquelle il croit qu’une telle solution pourrait être avantageuse, c’est pour une application très spécifique, comme un parc de navettes autonomes fabriquées par un même constructeur et circulant entre des points donnés.

Une vue détaillée

En matière de télémétrie, chacun a un peu sa propre niche, estime Rodrigue Michaud, directeur de la zone Est chez ARI. « Certains l’utilisent pour son côté opérationnel alors que d’autres le font pour répondre à des besoins plus spécifiques au parc. En ce qui concerne les constructeurs, c’est un volet qu’ils avaient exploité jusqu’à présent. De là à voir si cela peut être monétisé avec des frais mensuels, ça reste à déterminer. » Comme Jean-François Dumas, M. Michaud croit que les entreprises ont des besoins qui dépassent le kilométrage ou les alertes. « Beaucoup d’informations sont nécessaires pour avoir un portrait global, dont le temps d’immobilisation des véhicules et le nombre d’heures qu’ils passent au ralenti. »

Selon lui, c’est entre autres pour avoir une vue d’ensemble de leurs opérations – en consignant et en consolidant l’information sur une seule base de données – que les gens font appel aux services d’impartiteurs.

Une popularité grandissante

Il y a cinq ou six ans, la télémétrie était encore marginale et servait surtout à veiller à la sécurité des conducteurs. « Actuellement, même si on en parle de plus en plus, moins de 50 % des parcs canadiens l’utilisent », signale Rodrigue Michaud, d’ARI. Son potentiel de croissance est si grand qu’il pense que d’ici la fin de l’année 2018, la majorité d’utilisateurs aura non seulement été atteinte, mais sera sans doute dépassée. « Avec les voitures autonomes qui arriveront plus vite qu’on le pense, nous devrons tendre davantage vers des informations en temps réel, estime-t-il. Il faudra alors bâtir des réseaux encore plus performants afin de pouvoir gérer le flux d’information nécessaire au fonctionnement optimal de ces systèmes. »

Rendre les parcs plus autonomes

Les solutions d’Astus, une division d’ETL Électronique, permettent entre autres de localiser des actifs mobiles. (Photo : Astus)

ETL Électronique conçoit et fabrique des solutions télémétriques québécoises à Longueuil. Le vice-président aux ventes et marketing des produits Astus, Mario Massicotte, mentionne qu’une des préoccupations de l’entreprise est d’offrir des renseignements adaptés aux besoins des parcs. « N’étant pas des impartiteurs, nous ne voulons pas gérer leur parc mais plutôt rendre les gestionnaires autonomes en leur proposant de changer eux-mêmes des paramètres. »

Hébergés dans un environnement hautement sécurisé de l’infonuagique, les services d’Astus sont modulables. « Nous avons la capacité de nous connecter sur une variété d’équipements qui nous fournissent des données en temps réel et qui peuvent générer des alertes et des notifications, expose-t-il. Par exemple, si un camion doit être immobilisé quand il entre dans une zone et qu’on détecte du mouvement, ça peut générer une alerte et permettre d’éviter un vol. »

Son outil télémétrique s’appelle « Astus Tag », tandis que la partie logicielle se nomme « Astus FMS », pour Fleet Manager Solution. Les données générées et analysées par le module aident le gestionnaire à prendre des décisions qui lui permettront d’optimiser les coûts. « Le temps réel, ajoute M. Massicotte, c’est le fondement même de notre entreprise. »

Avec des outils installés dans plus de 100 000 véhicules, ETL Électronique compte parmi ses clients Communauto et son parc de 1200 unités. Le service d’autopartage utilise la technologie pour alimenter sa plateforme, et le savoir-faire développé dans ce domaine lui a permis de décrocher un contrat similaire avec Modo dans l’Ouest canadien.

Différentes corporations et membres des services publics utilisent les services d’Astus pour répondre à des besoins d’une complexité variable. Il peut s’agir de déterminer à quel endroit circulent des véhicules d’entretien sur des rails de chemins de fer, ou de vérifier si un service rendu, par exemple par les autobus d’une commission scolaire, a été livré à l’intérieur des délais prévus.

Astus offre également un service de gestion de biens pour certifier à distance, à l’aide de puces, un actif et sa localisation. « Certains clients l’utilisent pour repérer plus facilement une remorque dans une cour qui en compte des centaines », illustre M. Massicotte. Même l’aéroport Charles de Gaulle utilise les services du fournisseur québécois pour le suivi de ses équipements.

Selon M. Massicotte, le fait d’héberger l’information dans l’infonuagique – au lieu de la conserver à l’interne – permet une meilleure collaboration entre différentes entités qui doivent la partager. Il donne l’exemple de transporteurs couvrant plusieurs commissions scolaires et qui souhaitent avoir une vue d’ensemble. « L’information peut être triée et consignée en fonction des paramètres dont chaque organisation a besoin. »

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