Quand le pouvoir politique fait une sortie de route

Quand le pouvoir politique fait une sortie de route
La réduction des normes aura un impact sur l’environnement, certes, mais également sur le portefeuille des consommateurs.

Avec l’abandon par l’administration Trump des normes plus rigoureuses de consommation de carburant, il n’y a pas que l’environnement qui va en souffrir.

En décembre dernier, je citais dans ma chronique que les objectifs élevés de la norme C.A.F.E. (Corporate Average Fuel Economy) avaient encouragé les ingénieurs des constructeurs automobiles à mettre au point des technologies pour livrer aujourd’hui des véhicules puissants, économiques et surtout moins polluants.

Malheureusement, l’administration Trump est passée à l’acte récemment en abolissant ces normes rigoureuses dont les objectifs initiaux étaient de limiter la consommation à 4,32 L/100 km en moyenne pour la gamme de véhicules produits par chacun des constructeurs en 2025. Les nouveaux objectifs révisés par l’administration Trump allègeront ces objectifs à 6,36 L/100 km à compter de 2021.

L’administration Trump affirme également que les normes mises en place par son prédécesseur ont contribué à faire augmenter le prix moyen de chaque véhicule neuf d’environ 2300 $, que les changements annoncés permettront à plus de consommateurs d’acquérir des véhicules neufs dotés des dernières technologies et plus sécuritaires.

Comme le marché canadien est de moindre importance, et que nous sommes souvent tributaires de ce qui se passe chez nos voisins du Sud, nous risquons fortement d’en subir les impacts.

De la poudre aux yeux

Les véhicules seront donc légèrement moins chers… mais consommeront davantage.

En effectuant de simples calculs basés sur le coût moyen du carburant** aux États-Unis en 2018, et les écarts entre les objectifs initiaux (4,32 L/100 km) et révisés (6,36 L/100 km), le coût additionnel pour conduire un véhicule neuf aux États-Unis, selon la moyenne de kilomètres parcourus annuellement par automobiliste (21 687 km)*, sera pour une année de 370 $. Et comme un véhicule neuf acheté aujourd’hui aux États-Unis circulera sur les routes pendant plus de 15 ans, nous en arrivons à plus de 5500 $ en coûts supplémentaires de carburant.

Qui plus est, nous n’avons pas considéré les hausses éventuelles du coût du carburant au cours des années à venir.

Et la santé de la planète, dans tout ça ?

La consommation additionnelle de carburant provoquée par cette nouvelle norme pour les véhicules neufs visés occasionnera au cours de leurs 15 années de vie utile une production supplémentaire par véhicule de 15 000 kilogrammes de CO2. Il se vend plus de 17 millions de véhicules neufs en une seule année***.

Les véhicules populaires sont aussi particulièrement énergivores ; 60 % des véhicules vendus sont des VUS et des camionnettes. Il n’est pas surprenant de retrouver en tête de liste des achats aux É.-U. des F-150, Silverado et Ram.

Que pouvons-nous faire ?

À défaut de retrouver au Québec un programme obligatoire de contrôle des émissions, il faudra penser et mettre en place des programmes volontaires de vérification, de même que de nouvelles options dans les calendriers d’entretien.

Les contrôles d’émission d’un véhicule sont réalisables à l’aide d’un simple analyseur contrôleur ; rien ne vous empêche d’offrir ce service à votre clientèle.

Vous pourrez ainsi contribuer à remettre sur la route un véhicule dont le conducteur n’avait pas une bonne vision de son impact environnemental, risquant même de mettre en jeu la santé et la vie de nos prochaines générations.

*Source : Federal Highway Administration

** Source : Global Petrol Prices, 0,84 $ du L.

***Source : Automobilemag.

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