Le fil noir ou le fil rouge ?

Le fil noir ou le fil rouge ?
Un habitacle contient l’équivalent d’un kilo d’explosifs, que le technicien a le pouvoir de désamorcer en suivant la procédure.

Un samedi soir, bien assis devant le téléviseur à regarder un bon film d’action en famille, un suspense de près de cinq minutes nous tient en haleine…

Le démineur parviendra-t-il à désamorcer cette bombe artisanale, composée d’un mécanisme de déclenchement inconnu ? Une question de vie ou de mort, mais c’est son métier. Il doit surement y avoir des avantages à risquer sa vie !

Digne des meilleurs films d’action

Un véhicule est entré dans la baie de service ; il ne démarre pas. Après la vérification du système de démarrage et de la batterie, puis le balayage électronique, le technicien en conclut qu’il doit vérifier le signal provenant du module de démarrage, situé sous le tableau de bord.

Diagramme électrique et multimètre en main, je mets le tournevis T25 en marche pour retirer les panneaux sous le tableau de bord… On se fait de la place ! Mais à l’endroit précis où s’aventure le technicien se trouvent 12 charges explosives situées stratégiquement à l’intérieur de l’habitacle, avec des quantités allant de 85 à 250 grammes par charge, soit l’équivalent d’un peu plus d’un kilo d’explosifs.

Quatorze détonateurs au total sont disposés autour du véhicule, en plus des connecteurs qui risquent d’être manipulés par le technicien et qui sont liés au système. Ces charges explosives sont programmées pour exploser en 20 millièmes de seconde lorsqu’elles reçoivent un signal. Sans compter le module installé sous la console qui, si déplacé et retourné sur le côté à un angle de plus de 30 degrés, activera quatre des charges explosives. C’est un piège !

Désactivez la bombe

Vous l’aurez deviné : je ne parle pas ici d’une voiture piégée typique d’un film d’action, mais bien de la plupart des véhicules qui entrent dans nos ateliers, dotés de sacs gonflables. Ces charges explosives sont conçues pour protéger les passagers lorsqu’ils sont confortablement assis à leurs places respectives.

Cependant, lorsqu’à genoux, on a la tête et les bras entre le volant et le siège, et le reste du corps en dehors du véhicule, nous sommes loin d’adopter la position pour laquelle ce système a été conçu.

Heureusement, contrairement au démineur, les systèmes sur lesquels nous travaillons ne sont pas artisanaux. Ils ont été conçus pour pouvoir être désactivés grâce à des procédures bien établies, afin de nous assurer que toute réparation sur la voiture ou manipulation du système sont sécuritaires.

Puisque Le Garagiste aborde ce mois-ci la sécurité et la prévention, je trouvais important d’en parler, car on entend de plus en plus d’histoires de déploiements accidentels. Par chance, les témoignages ne font jusqu’à maintenant état que de blessures mineures pour les techniciens, mais le coût de ces erreurs se calcule tout de même en milliers de dollars.

Plusieurs d’entre nous avons tendance à vouloir gagner du temps en négligeant certaines procédures. Croyez-vous que le démineur serait prêt à prendre 30 minutes supplémentaires pour lire et comprendre la procédure lui permettant de désamorcer la bombe si, comme vous, il y avait accès ?

Paratagez-le !