Un segment moins connu : le mystère des pneus de génie civil

PHOTO : ÉRIC DESCARRIES

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Le créneau des pneus de génie civil n’est pas le plus connu. En effet, il s’agit ici d’un sujet un peu pointu qui concerne surtout des pneus pour véhicules de construction, du plus petit tracteur aux plus grosses machines. 

Parmi ceux-ci, on distingue les pneus pour camions et chargeurs de mines. C’est un type de pneu unique, qui peut mesurer jusqu’à 12 pieds de hauteur, peser plus d’une tonne et coûter une véritable petite fortune. Les manufacturiers ne sont pas nombreux en Amérique du Nord, et leurs usines ne peuvent en produire qu’une poignée par jour. Qui plus est, ils connaissent une concurrence de plus en plus vive venant surtout d’Asie, là où les mines se multiplient à vitesse grand V. Et c’est là que la saga commence.

Un marché avec un potentiel de croissance

Que peut représenter le marché du pneu de génie civil aux gens intéressés par le milieu ? Lors du récent congrès du pneu de génie civil (Off-the-Road Conference) de la TIA (Tire Industry Association), Dick Gust, coprésident du conseil environnemental de la TIA, a estimé que ce marché représentait environ trois millions d’unités par année, alors que le secteur de la construction s’accapare de plus des trois quarts de la production. D’autre part, Tim Easter, directeur des ventes de pneus de génie civil chez Yokohama Tire aux États-Unis, a annoncé qu’il croyait qu’après une baisse de ventes de 13 % en 2011 et de 21 % en 2012, ce marché remontrait la pente avec une augmentation de 4,3 % cette année et qu’il devrait continuer de croître jusqu’en 2017.

PHOTO : GOODYEAR

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Toutefois, le segment des pneus de camions de mines pourrait être stable en 2014 en raison de l’exploitation des mines de charbon qui reprendront leur erre d’aller après un ralentissement attribuable à de nouvelles lois gouvernementales et à cause des usines de production d’électricité qui ont délaissé le charbon au profit du gaz naturel.

Bill van Somersen, directeur du secteur des pneus pour véhicules miniers chez Michelin North America Earthmover Tires, abonde dans le même sens. Toutefois, le manufacturier français vient de compléter en décembre dernier la construction d’une toute nouvelle usine de pneus de génie civil à Starr, en Caroline du Sud, et ce, en un temps record de 17 mois ! Ce n’est qu’une de trois usines de l’entreprise française dans le monde entier capable de produire des pneus à carcasse radiale de 63pouces de jante. Qui plus est, elle a été conçue pour être agrandie au besoin selon une conception modulaire.

Les pneus usagés

Chez Titan International, l’approche est différente. Titan est ce manufacturier qui s’occupe désormais de la production des pneus Goodyear de génie civil. Son président, Maurice Taylor fils, entrevoit une nette progression des ventes au cours des prochaines années. Une autre des avenues exploitées par Titan, c’est la Titan Tire Reclamation Corp. (TTRC), une filiale qui fera revivre les pneus usagés grâce à un système de pyrolyse sous licence. Ainsi, M. Taylor croit que sa compagnie pourrait générer des revenus de 250 M$ ou plus par année grâce au revenu généré par la vente des huiles, du noir de carbone et de l’acier recyclé. D’ailleurs Titan est à lancer TTRC dans l’Ouest canadien afin de servir les mines et les exploitants des sables bitumineux du pays. L’entreprise pense à s’implanter aussi au Chili et en Australie, là où il y a de nombreux pneus de 63 pouces à être recyclés.

PHOTO : MICHELIN

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Et pourtant…

Pourtant, Xtreme OTR Tire Company, de Georgie, croit qu’il y a présentement une demande grandissante pour les pneus de génie civil tant en Amérique qu’en Afrique, en Chine et en Inde. Toujours selon les rapports de cette compagnie, certains constructeurs de machinerie gigantesque livrent leurs produits sans pneus ! Les acheteurs doivent trouver eux-mêmes les pneus ou utiliser ceux qu’ils ont en réserve, ou encore récupérer des pneus inutilisés sur certains chantiers ! Xtreme croit que certains exploitants achètent même des pneus usagés d’autres chantiers !

Le gouvernement américain cherche à protéger la production locale de tels pneus en imposant des taxes à l’importation, surtout pour les pneus qui viennent de Chine, accusant les manufacturiers étrangers de faire du « dumping » sur notre continent. D’ailleurs, en février dernier, le U.S. Commerce Department a reconduit les frais de douane envers ces manufacturiers pour les cinq prochaines années. Ces frais ont d’abord été instaurés en 2008. Mais la cause est en appel.

La production de pneus de génie civil pour les immenses camions et les gigantesques chargeurs dépend toujours de la valeur des minéraux exploités. Tant que la demande pour le charbon diminuera et que la valeur de l’or ne grimpera pas, les ventes de pneus de génie civil surdimensionnés ne profiteront pas.

PHOTO : PM-GÉNIE

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Toutefois, comme la construction des routes aux États-Unis prend de la vitesse, même modérée (de 5 à 10 %, selon l’estimation de Bruce Besancon, vice-président du marketing d’Alliance Tire Americas), les grands manufacturiers devront répondre à la demande des entrepreneurs. Les pneus seront peut-être un peu moins gros, mais la production sera plus encourageante…et les profits aussi !

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